vendredi 8 mai 2009

V

Eté 1992. Dimanche après-midi à Achrafié.

Nonna nous a encore préparé de délicieux mets dont elle a le secret.

Nous sommes tous réunis autour de la table et chacun est à sa place habituelle. Mon Père est à côté de Nonno qui est en tête de table. Moi à côté de ma mère. La chaise de Nonna est en revanche souvent vide pendant le repas tant elle se lève pour aller en cuisine.

Nonna me sert toujours deux cuillerées de plus si bien que je dois me forcer malgré le régal à terminer mon assiette. A la fin du repas et après les fruits, les hommes commencent à somnoler et à piquer du nez. L'arack y est certainement pour quelque chose pendant les discussions politiques dominées par les premières élections législatives depuis la fin de la guerre… et leur boycott.

Mon grand-père sort sa pipe et sa tabatière pleine de "bon tabac". Je l’observe d’abord la nettoyer à l’aide d’un cure-pipe puis la remplir à l’aide de ses beaux doigts blancs. Il le faisait les yeux fermés. Puis le salon ne tardait pas à s’imprégner de cette fumée à l’odeur si agréable presque vanillée. Aujourd’hui encore, cette odeur imprègne toutes les pièces de l’appartement de mes grands-parents.

Pap quant à lui s'endort sur le canapé du salon tandis que les dames en cuisine, jeunes et moins jeunes, font la vaisselle et se racontent leurs histoires de dames...

Pendant ce temps, moi, je commençais sérieusement à m’emmerder.

Les émissions télévisées dominicales libanaises étaient sans grand intérêt. La MTV retransmettait en direct quotidiennement à 14 heures le pseudo Journal Télévisé de Jean-Pierre Pernaut. La C33, chaîne soeur de la LBC totalement francophone n'existait déjà plus. Ayrton Senna triomphait encore sur les écrans de la LBC retransmettant le Grand Prix de Formule 1 du week-end. D'autres chaînes aujourd'hui disparues repassaient en boucle des émissions de télé-achat.

Je m’ennuyais. Dehors des sirènes de voitures perturbaient de temps à autre le calme beyrouthin.

Et puis soudain, un concert de klaxon se rapprocha. Un mariage me dis-je ; comme tous les dimanches.

J’accours néanmoins vers le balcon.

Le convoi se rapproche toujours aussi bruyant mais je ne le vois pas encore. Il doit être au niveau du mythique Hôtel Alexandre.

Les voisins des immeubles alentours sont également sur leur balcon et attendent également qu’apparaisse au tournant le convoi.

Ma grand-mère me rejoint sur le balcon lorsque apparaît enfin l’objet de notre curiosité. Un long cortège d’une trentaine de voitures roule doucement. De jeunes étudiants sont sur leurs capots et à leurs fenêtres brandissant notre drapeau. Ils sont jeunes et beaux. Celui en tête du cortège brandit le portrait d’un militaire en tenue de combat qui s’opposât à l’occupant.

Il me voit, me fixe et me fait signe. Je lui réponds en faisant un « V » distinctif avec un petit sourire de fierté et d’innocence.

Mon premier geste résistant. A ce moment précis, je sentis comme une montée d'adrénaline et une nervosité agréable s'emparant de tous mes membres. Sans le savoir, je vais épouser longtemps un courant et une cause, même si mon geste demeurre insignifiant face aux actions menées par ces résistants et ayant entraîné des répressions physiques et morales.

Ma grand-mère qui se trouva sur le balcon me prit dans ses bras comme pour me protéger ou empêcher que l’on ne voie mon geste.

« Attention ! Et si on te voyait ! C’est dangereux de faire ça »

Je ne voyais pas en quoi un geste de rien du tout fait par un petit feuss[1] comme moi puisse m’attirer des ennuis.

Lorsque le convoi finit de remonter la rue, il fut stoppé par une patrouille de l’armée. Il ne fallait plus trop rester sur le balcon à cet instant.

Peut-être ont-ils simplement été arrêtés puis relâchés. Ou non.

Ces jeunes militants défilaient pour protester contre la tenue d’élections alors que le pays était occupé. Le mot d’ordre dans le camp chrétien était le boycott de ces élections. Il était inconcevable de voter à l’ombre des baïonnettes pour des collabos.

La posture de ces militants était brave, courageuse, presque romantique. Leur slogan est devenu celui du Liban.

Ils n’avaient pas peur. Celui-ci reviendra. Celui-ci sortira. La victoire serait au bout du tunnel.

Je ne pense pas m'être trompé.
Aujourd’hui, je me demande simplement de quelle victoire parlaient-ils ?




[1] Un petit pet, un petit gamin

7 commentaires:

Marc a dit…

Et pourtant que Dieu le garde..............

JiPé a dit…

no comment

Jad a dit…

ca me manque trop le Liban! merci pour cette belle histoire un dimanche matin! Il fallait pas quitter, trop de choses serais tellement mieux. mais bon la vie, c est un choix!

Le liban, on l'aime et on le deteste ... bizzare.

JiPé a dit…

Le Liban on l'aime... ce sont plutôt les Libanais qui sont parfois détestables.

disa a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
盧廣仲Alex a dit…

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'Tsuki a dit…

Vous lire est une source de nouvelles réflexions pour moi sur mon propre pays... Merci.